Une semaine de méditation dans un ashram

Aller en Inde sans tester la médiation, c’est comme aller en France sans tester un bon camembert et un verre de vin rouge (PS : je suis en manque de fromage ! SOS camembert)

J’avais rencontré un français au Laos. Il m’avait parlé d’un ashram à Pune, pas loin de Mumbai (Bombay), qui propose différentes formes de médiations. Ce serait intéressant pour commencer et expérimenter cette étrange pratique…

Me voilà arrivé à Pune. Après quelques temps passés avec mes potes iraniens et afghans (cf anecdote le destin m’a donné une belle leçon de vie), et après une petite tourista, me voici fin prêt pour commencer cet Ashram, la boule au ventre (un peu comme à la rentrée des classes), peur de ce nouvel enseignement totalement inconnu.

Il s’agit de l’Ashram d’Osho. Osho est un gourou (en occident, le terme de gourou a été détourné en « manipulateur ». Mais ce terme signifie en réalité un « enseignant », un « précepteur », un « guide spirituel »). Je ne vais pas rentrer dans le détail de la pensée d’Osho. Elle est tellement différente de tout ce qu’on nous a appris, que je n’ai pas encore la prétention de tout comprendre. En gros, de ce que j’ai compris, il prône le fait de remettre à plat toutes les croyances et les enseignements qui nous ont été rabâchés dans chacune de nos sociétés et nos religions, qui font que nous sommes chacun conditionnés d’une certaine manière (fonder une famille, faire des enfants, croire en telle et telle chose, se comporter de telle façon…) et de vivre selon ses propres envies, du moment que nous sommes en paix avec nous-même. Il prône également le fait de ne pas se fixer d’objectifs (plans de carrière, etc), simplement célébrer le moment présent, de se laisser porter, comme un nuage. Si on se fixe des objectifs, premièrement, on ne vit pas le moment présent mais sans arrêt dans le futur, deuxièmement, on est déçu car nos exceptations ne correspondent jamais à la réalité. Alors, nous n’accédons pas au bonheur.

Cette idée d’apprendre à désapprendre tout ce qu’on nous a enseigné, séduit pendant le mouvement hippie des années 70. Et forcément, ne séduit pas les gouvernements, Osho fut interdit de territoire en Europe par le parlement européen, puis ayant vécu aux Etats Unis car menacé en Inde, il a été renvoyé comme un mauvais élève, par Reagan, et a dû revenir en Inde. Bref, Osho fait peur et fantasmer !

Et la méditation. La méditation, selon moi, c’est se concentrer sur le moment présent, être conscient de ce qui se passe à l’instant T. Ne pas laisser trop de place à l’intellectuel, qui pense sans arrêt au passé et au futur. « En étant trop dans notre tête », on en oublie la conscience de ce qui se passe maintenant, et on ne peut pas profiter de ce que nous offre le présent.

Je crois que cette aventure a été l’une des expériences la plus étrange de ma vie… mais également l’une des plus enrichissantes !

Ma première impression… Perplexe !

Pour rentrer dans l’ashram, il est obligatoire de porter une magnifique robe mauve. Et pour la méditation du soir, une magnifique robe blanche (un peu comme dans un bloc opératoire). Je ne dors pas dans l’ashram. Donc me voici à marcher dans la rue pour me rendre à l’ashram avec ma superbe robe mauve ! Pour quelques temps, je fais dorénavant partie de ses gens bizarres que tout le monde regarde étrangement !

Je n’ai malheureusement que 2 3 photos de moi dans ma chambre, car il est interdit de prendre des photos à l’intérieur de l’ashram. Pour plus d’infos et des photos de l’ashram, vous pouvez vous rendre sur :

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Puis arrivé à l’intérieur, tous dans nos magnifiques robes mauves, nous pratiquons la méditation active (spécialité d’Osho). Imaginez 200 personnes dans un auditorium, chacun à fond dans sa méditation, sans interaction avec les autres, en train de sauter pieds joints en criant « hou hou hou » pendant 30 minutes, de trembler pendant 15 minutes, de danser, de crier, de tourner comme une toupie pendant 15 minutes, etc. ça fait un peu asile de fou à première vue ! C’est très drôle à voir ! Je ne cache pas que j’ai eu quelques fous rires intérieurs !

Et le soir, tous en robe blanche, nous méditons, nous écoutons des discours d’Osho (sur un écran, car Osho est décédé en 1990), et nous dansons et célébrons notre journée.

Les disciples d’Osho se font baptiser quand ils le souhaitent, avec un nouveau nom qu’ils choisissent (non je ne me suis pas fait baptiser je vous rassure). Cette pratique est propre à la méditation en général, pas uniquement à Osho. Ils n’ont aucun engagement, c’est simplement une démarche spirituelle, leur nouvel être, un nouveau nom, qui ne correspond pas à ce qu’ils sont dans la société, mais à ce qu’ils sont dans leur cœur. Quand une personne meurt, s’il le souhaite, il peut avoir sa cérémonie et son incinération dans l’ashram, avec ses propres pratiques, car même la conception de la mort est différente chez Osho.

OK là vous êtes en train de vous dire « mais qu’est-ce que c’est que ça. Qu’est-ce que c’est que cette secte dans laquelle il s’est retrouvé ». C’est exactement ce que je me suis dit les premiers jours, en observant ces 200 personnes en robe blanche sortir de l’auditorium, en pleine nuit. D’extérieur, ça peut y ressembler. Et pourtant…

Je constate également que les personnes ici sont toutes saines, ont une vie tout à fait normale dans leur pays (très bobo pour la plupart), sont saines d’esprit et de corps (pas d’alcool, de drogues…), ouvertes, intéressantes, et surtout semblent heureuses. Je rencontre pleins de personnes qui me disent que cette expérience a « changé leur vie »

Je décide tout de même de rester pour une semaine…

Au final, cette expérience fut extrêmement enrichissante

Premièrement, sur la forme, ce n’est pas une secte, mais une communauté, comme n’importe quelle autre communauté (une association, une religion, un partie politique, etc.). Il n’y aucun engagement, on a le droit d’y rester ou non le nombre de jours que l’on souhaite. On a le droit de ne pas se faire baptiser. On a le droit de ne pas y croire et de partir. Et puis comme dans n’importe quelle communauté, il y a le maitre à penser (le dieu/le gourou/le chef de partie politique). Comme dans n’importe quelle communauté, il y a l’adhésion (le baptême, la carte d’adhérent, etc.). Comme dans chaque communauté, il y a des pratiques. Ici, il y a davantage de liberté que dans beaucoup de communautés, notamment la liberté individuelle d’adhérer ou pas, de s’investir totalement ou en partie, de croire en partie certains enseignements… J’adhère, en partie. Tout en gardant mon esprit critique sur certaines choses.

Puis il y a la méditation. Après une semaine de méditation, je me sens comme un bébé qui est en train de sentir de nouvelles choses en lui sans qu’il comprenne vraiment quelles sont ces choses (enfin je crois que c’est ce que ressens un bébé  je ne suis pas sûr je ne m’en souviens plus trop à vrai dire). Je me rends compte de beaucoup d’aspects de moi-même, une vraie découverte personnelle ! Je passe davantage de temps à profiter du moment présent, sans être dans ma tête en train de penser au futur. Et puis je ressens des énergies dans mon corps, que je n’avais jamais détecté auparavant…

Il y a aussi une certaine magie dans cet ashram, qui s’appelle l’humanité ! Les personnes du monde entier viennent dans cet ashram : américains, européens, sud-américains, chinois, japonais, russes, indiens, australiens, tadjiquistanais, egyptiens, israéliens, ouzbecs… (Seule l’Afrique noire manquait à l’appel).

Il y avait surtout beaucoup de russes, d’anciens pays de l’URSS, d’allemands et de japonais. Comme me la fait remarquer un hollandais, ce sont tous des pays qui ont perdu une guerre (guerre froide pour la Russie) dans les 70 dernières années. Étrange coïncidence. D’où le sujet de ma prochaine thèse que je vais tenter de soutenir en septembre 2017 : « guerre et méditation : dans notre société contemporaine, les peuples issus de pays ayant perdus une guerre dans les 70 dernières années sont-ils plus aptes à la méditation ? »

De façon plus sérieuse, je n’ai jamais vu autant de diversité humaine dans un seul et unique lieu. Et encore plus beau, observer 200 personnes, de différentes cultures, de religions, d’expériences de vie, d’âges (de 18 à 94 ans) partageant ensemble les mêmes pratiques, la même énergie, en même temps et dans le même lieu, et bas je peux vous dire que c’est beau ! Hindous, musulmans, chrétiens, juifs, athées, bouddhistes, etc. ensembles dans la même direction, partageant les mêmes idées d’amour et de paix universelle (idée très forte chez Osho)

Et puis il y a l’histoire de cette indienne avec qui j’ai sympathisé. Elle était dépressive avant de venir ici, elle a voulu se suicider. Aujourd’hui, après 3 mois passés dans cet ashram, elle respire le bonheur et l’amour. Je pouvais le sentir en elle, ça brillait dans ses yeux et dans son cœur. Comment 3 mois de méditation ont pu transformer cette personne ?

Bref. Je pense que je vais continuer la méditation, profiter du moment présent, célébrer, désirer le présent, ce qu’on a déjà autour de nous (enfin je vais essayer) ! Et j’invite chacun d’entre nous à essayer, au moins une fois !

2 commentaires sur “Une semaine de méditation dans un ashram

  1. merci pour ce récit très inspirant. Continue à profiter de ton voyage par tous les pores de ta peau et les synapses de ton cerveau. Et n’oublie pas de nous en faire profiter!

  2. C’est très bon ! Alé
    …… et n’oublie pas la suite de l’aventure à vivre dans la vérité du présent comme tu l’as fait jusqu’à maintenant !

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