Le faux plan

J’arrive à Goa, en Inde. Des le premier jour, je rencontre un Indien, Rahur, avec qui je m’entends plutôt bien. On passe la journée ensemble, on part avec son pote au marché de nuit, on danse, on s’amuse. Il vient de Delhi, il est designer dans une entreprise indienne qui exporte des vêtements et des bijoux flashions, notamment pour les shows rooms. Il a également fait le tour de l’inde en moto pendant un an après ses études, intéressant d’ecouter son aventure.

Le lendemain, nous passons la journée ensemble. Je connais très rapidement sa vie, il se confie beaucoup. Je sens une bonne énergie, un bon feeling. Mais je sens quand meme un truc qui cloche… le fait qu’il devienne très pote avec moi très rapidement ; « tu es comme mon frère maintenant », « tu veux voir un film bollywood au cinéma ? Demain on part en moto on va ensemble voir un film pas de probleme »

On m’a toujours dit « Quand on voyage, il faut toujours se méfier des personnes qui veulent devenir très rapidement votre ami ». Mais bon, après la douceur de la Thaïlande et du Laos, ou très rapidement tu te fais des potes, ou tu reçois tous les jours tellement de gentillesse et d’amour, et ou tu partages très vite des relations amicales, il est difficile de croire à 100% cette leçon… Et puis je me dis que c’est aussi une histoire de différence culturelle, en Europe, nous sommes très réservés, et parfois méfiants, donc peu ouverts parfois lorsque nous ne connaissons pas la personne. Ce qui n’est pas le cas dans tous les pays.

Un jour, il me propose de déjeuner à la maison de son responsable. Nous arrivons, à l’intérieur ; un petit palace, deux grandes colonnes nous accueillent derrière la porte, un énorme salon, de magnifiques tableaux accrochés au mur, un écran plat géant… 8 personnes vivent dans cette grande maison de vacances.

« Asseyons-nous dans le salon en attendant que le repas soit prêt », dans ce beau canapé en cuir.

Le serveur (beh oui il y a même l’homme de maison) m’apporte le fameux thé « tchai » indien. Je commence à discuter avec son responsable, qui voyage souvent en europe pour le boulot. Nous parlons de voyage, d’ouverture d’esprit, etc., il a l’air tres ouvert et interessant. Il amene notre conversation tres finement vers nos boulots respectifs, pour parler de son boulot et me proposer un business (je n ai pas vu voir les choses venir)

Pour vous mettre dans l’ambiance, il est indispensable de cliquer ICI, et d’ecouter la musique tout en continuant a lire l’article :

Assi sur son canape en cuir, ls jambes croises, l’allure fiere et decontractee, il me lance :

« Ecoute nous exportons des bijoux dans le monde entier. Mais le gouvernement Indien nous taxe tres fortement pour ces bijoux. Nous recherchons des personnes de confiance, avec un visa touriste, qui peuvent collaborer avec nous. Si tu acceptes de travailler avec nous, je te paye ton billet d’avion retour et je te donne 3000 euros cash des que le business est termine. Le deal est simple : tu viens à notre boutique, on prend des bijoux pour un montant de 20 000 dollars. Tu ne payes rien, tu ne sors rien de ta poche. On va à la poste, avec la photocopie de ton passeport et une lettre de ta part attestant que tu achètes ces bijoux pour des fins personnelles. Tu fais toi meme le paquet, rien d’autre ne sera integre a l’interieur. Tu l’envoies à la poste en France. Dès que tu réserves ton billet d’avion, tu m’appelles, je le paye pour toi. Quand tu rentres en France, des salariés de mon entreprise viennent te chercher a l’aeroport, vous allez à la poste avec ton passeport pour récupérer les bijoux. Ils te donnent les 3000 euros cash. Tu ne leur donnes pas les bijoux avant qu’ils te donnent les 3000 euros. On a besoin de personnes de confiance pour faire ça. Alors ca te tente ? »

Puis il me montre les papiers de d’autres occidentaux qui ont déjà coopéré dans cette opération, me montre les papiers de sa boite, me propose d’appeler des gens qui l’ont déjà fait… bref pose toutes les preuves sur la table…

D’autres indiens qui étaient dans la maison nous rejoignent. Ils sont dorenavant 6 autour de ce salon, autour de moi, attendant tous ma reponse. Assez impressionnant comme situation… J’ai l’impression d’etre dans un film de Mafioso. Il s’en suit un long silence de 5 minutes.

Imaginez vous dans cette situation, a quoi vous auriez pense pendant ces 5 minutes ?

« A première vue, le schmilblick est assez cohérent, je ne vois pas de faille dans l’affaire… J’ai beau chercher je ne trouve pas. Et j’ai deja entendu certains occidentaux realiser ce genre d’operations et se la couler douce en voyageant. mhmm intéressant ». J‘avoue que ces penseesm’ont traversé l’esprit. Puis après ces quelques secondes d’inconscience, mon esprit retrouve le chemin de la sagesse.

« OK je suis tout seul à l’autre bout du monde, je n’ai aucune idée de cette entreprise, de qui sont ces gens. Je n’ai aucune garantie. Et ethiquement ça ne le fait pas, j’ai pas envie de rentrer la dedans ce n’est pas dans mes principes et mes valeurs. Et puis cet indien avec qui j’ai sympathisé avait uniquement en tête le fait de m’amener ici… Je suis degoute. Decidemment, ce n’est pas possible d’avoir une relation amicale avec un indien sans qu’il y ai un business derriere ». De mauvaises pensees commence a traverser mon esprit.

 Puis il me coupe dans mes pensees : « Alors ça t’intéresse ? « 

« Non merci… »

« Pourquoi ? »

Je me défile : « je ne rentre pas en France après mais je vais en Argentine » (ce qui est vrai)

 » Mais c’est possible aussi avec l’argentine on traite avec 36 pays. Et puis tu as le droit d’avoir de la famille en argentine a qui offrir des bijoux, ca passe. »

Je décide donc de la jouer franc jeu : « ça ne m’intéresse pas voila tout. »

« Je ne te comprends pas. Tu n’as pas envie de gagner de l’argent, tu es déjà très riche c’est ça ? »

« Ca ne m’intéresse pas, je ne m’engage pas dans ce que je ne connais pas ».

Je n’aurai pas du donné cette réponse, il commence à vouloir me montrer toutes les preuves pour me montrer que ce n’est pas une arnaque.

OK maintenant il est temps de la jouer franc jeux a 200 pour cent pour qu’il me laisse tranquille :

« Bon ça ne m’intéresse pas tout court. L’argent ce n’est pas tout dans la vie. Je suis pépère dans ma petite vie. J’ai pas envie de rentrer dans ces combines c’est pas mon truc voila tout »

20 minutes après, je pars de la maison avec Rahur, l’indien que j’ai rencontré et qui  m’a amene ici. « Prend mon numero et reflechi a ma proposition », me dit son responsable.

Finalement je ne suis pas invite a dejeuner avec eux… et j’en suis bien content.

Une fois sorti de cette maison, je dis a Rahur « OK donc cette relation de confiance qu’on a commencé à instaurer depuis hier c’était juste pour ça, pour m’amener dans ce business, c’est abusé je pensais vraiment que tu étais quelqu’un de bien ». Il m’assure que non, me confie que si j’avais accepté il aurait eu une commission. Il me dit que son boss l’a appelé hier, qu’il lui a parlé de moi, et que son boss lui a demandé si j’étais quelqu’un de confiance, qu’il a dit oui, que son boss lui a donc demandé de m’amener… voila tout. Mais à la base ce n’est pas pour ça qu’on a sympathise. Il s’excuse milles fois. Je rentre à ma guesthouse. Il me dit « appel-moi si tu veux qu’on mange ensemble ce soir, enfin, si tu as encore envie de me voir… ».

Je decide d’aller quand meme manger avec lui, on verra bien. Mais je n’ai plus cette envie de partager autant qu’avant. Les jours suivants, je le vois de moins en moins. Son pote me dis « tu sais il est degoute car il pense que tu n’as pas confiance en lui du fait que tu n’as pas accepte le business, il se sent trahi ». Je decide donc de lui en reparler, de voir ce qu’il a derriere la tete, et il finit par m’avouer qu’il m’a recontre et sympathise avec moi pour ce business… Parce que son entreprise a besoin de personnes de confiance et qu’il a donc besoin de sympathiser avec les personnes avant pour etre sur qu’elles peuvent etre fiables.

« OK je n’ai plus rien a faire avec toi »

Donc oui il parfois il faut se mefier des personnes qui veulent devenir trop vite votre ami… Cette experience, pas mechante en soit, m’a ete envoye telle une lecon de vie pour rester vigilant pendant le reste de mon voyage…

2 commentaires sur “Le faux plan

  1. oh la la ! je crois que tu a bien fait de dire non !peut être l’as tu échapée belle
    Bisous et attention la prochaine fois§ NANY

  2. la situation de merde ! 🙂 😉
    ça fait parti des aléas du voyage – ça m’est arrivé (en moins chaud quand meme) au Sri-Lanka avec une boutique de bijoux !
    Et au maroc, le mec faisait le copain en 5 mn (amis pour la vie en 5 mn…. mouais bof !) – et en 10 mn, il fallait aider un de ces potes pour le dépanner en tune !!! 😉

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