Des histoires de differences culturelles

Le voyage, c’est s’ouvrir au monde. Mais qu’est-ce que ça veut bien pouvoir dire ? Voici un petit exemple…

Partons en voyage, au sens littéraire du terme. Pour me rendre à ma prochaine destination, il me faut entreprendre un voyage de 4 jours, avec plusieurs stops. 4 jours, 3 moyens de transport, 3 rencontres…

1er train de nuit, 1ere rencontre. Je demande à un indien « le train est-il en retard ou annulé ? ». Cet indien, est convaincu que chaque moment qui se passe, chaque instant, est un signe d’Allah. Si je suis venu à lui, c’est qu’Allah l’a décidé, et donc qu’il faut saisir cette opportunité. Alors que moi en fait j’avais juste besoin d’un renseignement pratique pour m’organiser… Il commence donc à discuter avec moi, nous montons dans le train, sa place n’est pas loin de la mienne. Après la prière dans le couloir du train (une super photo que je n’ai pas pu prendre : plusieurs personnes, alignées dans ce couloir du train, chacun agenouillé sur son tapis, chacun dans la même direction, en train de prier), il m’invite à partager son repas. Il a environ 40 ans, il est professeur d’histoire et géographie. Assis sur son lit, dans notre train de nuit, il me parle de religion pendant des heures. Selon lui, chaque seconde de notre vie est commandé par Allah. Chaque respiration, chaque geste est contrôlé, notre corps n’est qu’un ustensile envoyé sur terre. Tout est déjà planifié au millimètre près, depuis notre naissance : notre vie, notre femme, combien nous aurons d’enfants, la date et l’heure exacte de notre mort, etc. Tout est écrit à l’avance ! Je suis en total désaccord avec chacune de ses phrases, mais je ne lui dis pas « ohhh non je ne suis pas du tout d’accord avec toi !!». Je préfère l’écouter attentivement en me disant « c’est fou comment des personnes peuvent penser si différemment la vie ? »

2ème train de nuit, 2eme rencontre : il est 5h30 du matin, je dois me réveiller, mon train doit bientôt arriver, j’ai la tête dans le pâté (trop facile de faire des rimes en é). Je demande à un indien « est-ce que le prochain arrêt est Allapey (la ville ou je dois me rendre) ? ». Posez une question à un indien dans le sud de l’Inde, et à tous les coups il engagera la conversation avec vous ! Nous discutons. Le train est en retard, il arrive dans une heure. Nous avons le temps de discuter. Il a 32 ans, est Hindou, marié, un enfant, et est issu d’une caste très élevée. Il ne comprend pas du tout le fait de voyager seul. Il a vécu avec ses parents, puis ses parents lui ont choisi une femme, il a quitte ses parents, il a vecu avec sa femme. Il a toujours été entouré, voyagé entouré. Le soir, il m’invite à prendre une bière, puis nous mangeons ensemble, il est avec son fils. Nous discutons, il me paye tout, les bières et le repas. Il n’a aucune attente, mis à part le fait d’échanger avec moi et de donner une bonne image de son pays. Vous imaginez un français, dans un train Paris-Lille, rencontrer un inconnu, indien, lui parler, l’inviter le soir à prendre des bières et à manger des frites, et lui payer son repas, juste comme ça, parce que ce français a envie d’échanger avec un indien ?

Une de ses pensées a retenu mon attention et constitue un exemple frappant de différence culturelle : « Nous pensons l’amour différemment. Chez vous en Europe, vous pensez qu’il faut tomber amoureux pour ensuite se marier. Nous en Inde, nous pensons qu’il faut se marier, même si cette femme nous est inconnue, et c’est en vivant avec elle constamment que nous tombons amoureux ».

3ème voyage : le bateau. 3eme rencontre. Arrivé au Kerala, plus besoin de train pour circuler d’une ville à l’autre, il y a tellement d’eau, que les trains et les bus peuvent devenir des bateaux. Je rencontre 4 indiens, ils sont en vacances, entre potes. Ils ont mon âge, ils ont fait à peu près les mêmes études que moi et travaillent dans une ONG. Plutôt facile de me comparer à eux. Ils me posent des questions sur les femmes et l’amour : en Europe comment ça se passe les relations avec les femmes ? Combien as tu eu de relations avec des femmes ? Comment vous concevez l’amour ?, etc. A mon tour de leur poser toutes ces questions ! Ils ont mon âge, et comme la plupart des indiens qui ont la vingtaine et ne sont pas encore mariés, ils n’ont jamais eu de relation de leur vie avec une femme, n’ont jamais embrassé une femme. Vous avez à peu près mon âge ? Posez-vous 30 secondes et imaginez-vous à leur place…

La première femme qu’ils embrasseront de leur vie sera celle que leurs parents leur présentera. Et ils ne la connaîtront pas ! Ils m’avouent qu’ils ne sont pas d’accord avec cette tradition indienne, et me disent qu’ils laisseront le choix à leurs enfants.

3 voyages pour se rendre compte que notre facon de vivre, de penser et de concevoir le monde, n’est en fait qu’une infime partie de la pensee globale sur cette planete… 

L’occident (Europe, Amerique du Nord, Australie, Japon et Coree du Sud), c’est  environ 20 % de la population mondiale.

L’inde, avec 1 milliard 210 millions d’habitants, représente a elle seule presque 20 % de la population mondiale, c’est a dire autant que les occidentaux reunis…

Et puis il y a la Chine, le reste de l’Asie, le Moyen Orient, l’Afrique, l’Amérique du sud, qui eux aussi ne pensent pas et ne vivent pas comme les occidentaux.

Nous le savons, mais nous ne nous en rendant pas compte tous les jours. Notre pensée occidentale ne représente qu’une infime partie de la pensée mondiale. C’est fou !

Toutefois, au fil du voyage, les locaux avec qui je sympathise et j’ai le temps d’échanger longuement sont surtout des jeunes issus de la classe aisée. Au Cambodge, au Laos, en Thaïlande, en Inde, tous ces jeunes que j’ai rencontré, commencent à vivre (ou vouloir vivre) et à penser de la même façon qu’un jeune occidental (télé, smartphones, internet, etc. principalement gérés par le monde occidental aidant!). Ils sont quasiment tous en conflit avec la pensée traditionnelle de leurs parents. Et ce sont ces jeunes issus de la haute société qui dirigeront leur pays dans quelques années. Le monde va-t-il s’occidentaliser ? Est-ce une bonne chose ou une mauvaise chose pour notre planète ?

C’est la question à laquelle va tenter de répondre ce soir sur notre plateau nos invités Jean Cherbour, chercheur au CNRS en anthropologie spécialiste du continent asiatique, et Sophie Déradulle, philosophe et auteur du livre « le monde et l’occident »

2 commentaires sur “Des histoires de differences culturelles

  1. Ce billet illustre parfaitement pourquoi pour moi en voyage, les déplacements font partie intégrante du voyage. Trop de touristes essayent de gagner du temps en utilisant des moyens de transports privatifs ou l’avion. Ils passent à côté de toutes ces rencontres durant les longs voyages en train, en bus, en bateau. Merci pour ce billet …

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